Article 9 — Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale
Valeurs partagées au Mali Les valeurs partagées retenues dans la présente Charte nationale sont :
- l’humanitude : C’est une valeur cardinale du vivreensemble, de la sociabilité et de la solidarité qui caractérise l’humain. L’humanitude transcende les différences liées à l’âge, à l’origine sociale, à l’ethnie, au statut, à la religion, à la situation de handicap.
L’humanitude se manifeste par des signes distinctifs tels que la salutation, le respect, la considération des uns pour les autres. C’est un esprit de solidarité et de sociabilité qui permet d’éviter les différends, les querelles, les litiges, les abus, les mésententes dans la vie en société. o Une seule paire de pieds ne trace pas un chemin. o Il faut beaucoup de voyages sur un petit chemin pour en éliminer les herbes ;
- la vertu : La vertu est une force morale par laquelle l’Homme tend au bien, à la bonté, à l’altruisme, à l’honnêteté, à la respectabilité. Dans la société malienne, l’Homme est appelé à adopter des comportements vertueux pour devenir un modèle à suivre. o Une personne qui porte un vêtement fait de grains de mil, les poules le suivent ; o Une bonne action ne se perd jamais ;
- les alliances et la parenté à plaisanterie : Ce sont des valeurs qui ont souvent été traduites par le cousinage à plaisanterie, la parenté à plaisanterie, les alliances à plaisanterie. Les Maliens se reconnaissent dans ces valeurs utilisées pour prévenir et gérer les différends, les crises et les conflits, faire baisser les tensions entre les individus ou entre les communautés.
Les alliances et la parenté à plaisanterie sont des outils de négociation sociale, de réconciliation, de pardon qui utilisent les relations et les pactes historiques entre les noms de famille, les ethnies, les individus et les villages.
La parenté résulte de la communauté de sang, de l’alliance ou de l’adoption. Les alliances et la parenté à plaisanterie permettent de : o tisser des liens génératifs de parentés ; o construire une paix et une sécurité durables ;
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- l’autorité des parents : C’est l’ensemble des droits et obligations des parents pour assurer aux enfants la protection, le plein épanouissement, une bonne éducation, une bonne santé et une bonne moralité. Traditionnellement, l’autorité des parents est codifiée et systématisée selon l’âge et le milieu social. Les enfants ne doivent pas transgresser les interdits qui portent atteinte à l’honneur de la famille et de la communauté. A tout âge, ils doivent obéissance et respect à leurs parents. o Le père de ton ami, c’est ton père ;
- le respect des ainés : Le respect des aînés est une valeur cardinale de la société malienne.
Dans les familles comme dans les communautés, les aînés sont tout à la fois les gardiens des traditions, les sentinelles attentives à la préservation de la cohésion sociale et les garants des ententes mutuelles sur lesquelles se fonde le vivre-ensemble.
L’autorité morale dont jouissent les aînés repose sur leur expérience de la vie, sur l’honorabilité de leur comportement et sur la pondération de leurs avis.
Traditionnellement, des sanctions symboliques sont infligées à ceux qui portent atteinte au respect des aînés. o La querelle de deux frères ne s’enflammerait qu’en l’absence d’une personne âgée ou d’un voisin bienveillant;
- l’honneur : L’honneur est une valeur fondamentale de la société malienne. Le sens de l’honneur commande d’être digne, de ne pas avoir de comportement répréhensible au sein de la famille, de la communauté ou de la société. Il impose l’honnêteté, la sincérité, le respect de la parole donnée, l’observance stricte des procédures établies et des règles de conduite telles que : o si ce n’est pas vrai, ne le dites pas ; o si ce n’est pas juste, ne le faites pas ; o s’il ne vous appartient pas, ne le prenez pas ; o si vous ne pouvez pas, ne promettez pas ; o si vous ne pouvez construire, ne détruisez pas ;
- l’hospitalité : En tant que valeur sociétale essentielle, l’hospitalité repose sur l’acceptation de l’autre. Cette capacité à accueillir et à accepter l’autre permet de partager l’avoir, le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. Elle permet de briser les frontières sociales et d’origine pour s’ouvrir au reste du monde, tout en protégeant le secret du terroir.
Elle consolide la cohésion sociale et le vivre-ensemble. o L’hospitalité rend la vie en commun agréable. o La porte est toujours ouverte pour l’étranger ;
- la loyauté : La loyauté est la qualité d’une personne honnête, sincère, fidèle à ses engagements et attachée aux règles de l’honneur et de la probité.
Un citoyen honnête et fidèle dans sa conduite morale incarne le respect, concourt à la cohésion sociale et au vivreensemble.
- la dignité. La dignité est un comportement qui force le respect et la considération au sein de la communauté. C’est également le respect de soi et celui dû à autrui, indépendamment de sa condition sociale, économique ou physique.
La dignité, par le comportement exemplaire de celui qui l’incarne, participe à l’instauration d’un climat de quiétude propice à la cohésion sociale et au vivre-ensemble. o Celui qui n’est pas digne ne saurait endosser de charge collective ; o Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux ;
- l’humilité : L’humilité est un état d’esprit qui prédispose l’individu à la juste mesure de ses propres limites et au respect des qualités d’autrui.
Dans ses relations sociales et professionnelles, l’individu humble observe une ligne de conduite privilégiant la modestie, la courtoisie et la discrétion. Il cultive l’écoute quel que soit l’interlocuteur. La pondération dont fait preuve l’individu humble limite le conflit des égos et favorise la prise de solutions partagées. o La bouche d’une personne est sa meilleure cachette. o Celui qui reconnait ses limites accepte les critiques. o Celui qui sème la courtoisie récolte l’amitié. o Celui qui plante la bonté récolte l’amour ;
- la tolerance : La tolérance est une valeur morale qui consiste à accepter les différences sociales, religieuses, politiques, culturelles, spirituelles et autres modes de vie.
Elle implique une attitude de compréhension et de bienveillance envers ce qui est différent ou inconnu.
La tolérance, c’est la vertu du fort. La tolérance exige l’ouverture d’esprit, la capacité de se mettre à la place de l’autre, la compassion et le respect de la dignité humaine. o Si tu veux connaitre la paix, accepte la différence car la différence est la richesse du monde. o L’autre est un autre toi-même. o Les fleurs du jardin ne sont pas toutes pareilles mais elles embellissent ensemble ;
- le pardon : Le pardon est un acte par lequel une personne, un groupe de personnes, une communauté ou un État, victime d’une offense, d’un tort ou d’une faute, décide, après le repentir de l’offenseur, de renoncer à toute rancune et à tout ressentiment ou désir de vengeance.
Le pardon nécessite l’acceptation de la demande et la reconnaissance par l’autre partie de son tort et son engagement à ne pas récidiver. Il implique un processus intérieur de libération émotionnelle et de guérison. 106529 Août 2025 JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE DU MALI Le pardon sincère joue un rôle central dans le processus de réconciliation nationale. o Le pardon est la clé qui ouvre la porte de la paix. o Celui qui pardonne est plus fort que celui qui se venge. o On ne lave pas le sang avec du sang. o Même la rivière qui inonde finit par s’apaiser ;
- le dialogue : Le dialogue est un échange sur un ou des sujets précis entre des personnes, des groupes de personnes ou des Etats. Il vise une compréhension mutuelle pouvant aboutir à un rapprochement, une entente ou un accord. Son importance réside dans sa capacité à susciter un débat fécond, dans un cadre formel ou informel, en vue de restaurer la confiance, la paix, la sécurité, la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
Le dialogue est nécessaire pour la résolution des problèmes politiques, économiques et sociaux ainsi que pour la promotion d’une gouvernance vertueuse. o C’est en dialoguant qu’on éteint le feu. o Celui qui écoute construit celui qui parle seul détruit. o Deux bouches qui parlent ensemble trouvent la paix;
- la solidarité : La solidarité est l’entraide entre les membres de la famille et de la communauté.
Traditionnellement, l’individu étant le produit d’une culture construite autour de l’expression collective, il a le devoir de contribuer à la charge de la famille. La réussite individuelle doit profiter à toute la famille.
La solidarité familiale se construit dans le respect et la discrétion, en évitant les frustrations et les rivalités. C’est un facteur d’entente, de convivialité, de bienveillance et de considération mutuelle. Elle renforce la concorde, la cohésion sociale et le vivre- ensemble.
La solidarité participe à la construction du bon voisinage.
C’est une valeur sacrée de cohabitation et de vivreensemble harmonieux qu’il faut préserver et entretenir.
La solidarité est la clé qui ouvre la porte de la paix. o Serons-nous les coudes afin que demain soit meilleur. o Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. o Les doigts de la main ne sont pas égaux mais ils travaillent ensemble. o Une seule brindille se casse facilement, un fagot résiste. o Ce sont deux mains qui peuvent se laver mutuellement. o Celui qui branle sa main droite pour dire qu’il n’est avec personne, doit branler sa main gauche pour dire que personne n’est avec lui ;
- le patriotisme : C’est un sentiment d’amour et de fierté qui anime chaque individu dans ses rapports à la patrie. La patrie est indivisible, incessible, inaliénable, non-affectable et non-dissoluble. Ces principes intangibles doivent être transmis à l’enfant dès le bas âge. o Un homme sans patrie est un zèbre sans rayures. o Là où est le cœur, là est la patrie. o On aime sa mère presque sans le savoir et sa patrie sans y penser ;
- le travail : Le travail est un devoir et une valeur sociale de référence qui permet à l’homme de préserver sa dignité et d’affirmer sa personnalité. L’amour du travail bien fait, le goût de l’effort, la discrétion, la reconnaissance du labeur et du mérite sont les gages de l’indépendance et de la souveraineté.
Le travail est un puissant levier de développement économique, social et culturel. Il faut fortement et collectivement croire en l’avenir de la Nation malienne et s’engager dans l’œuvre de construction nationale afin d’assurer au pays un développement durable et au peuple malien une prospérité partagée. o L’amour du travail est source de prospérité et de bienêtre individuel et collectif. o Celui qui n’a ni savoir ni savoir-faire ne mérite pas salaire;
- la conscience professionnelle : La conscience professionnelle est propre à chacun et s’impose à tous. C’est un vecteur d’engagement dans le travail et une haute valeur de la société. Elle se caractérise par la façon dont la personne assume ses responsabilités, l’adoption d’un comportement exemplaire et le plaisir dans l’accomplissement du travail.
Une personne consciencieuse est une personne qui, en plus de ses compétences techniques, possède des qualités morales sur lesquelles repose la confiance qu’on lui accorde et qui permettent de bénéficier de promotion et de postes de responsabilité.
Ces qualités sont notamment la discipline, la probité, l’intégrité, la passion, la ponctualité, le sens de l’ordre, l’assiduité, l’honnêteté, le respect de l’éthique et de la déontologie, l’engagement et la responsabilité vis-à-vis du travail.
La conscience professionnelle est un atout pour le bon fonctionnement de l’Etat. Le monde du travail étant de plus en plus confronté au manque de conscience professionnelle, l’Etat doit stimuler son éveil. o Le travail bien fait honore celui qui le fait;
- le multilinguisme ; Le multilinguisme est l’état d’une communauté où l’on parle plusieurs langues, y compris le langage des signes. Il est un phénomène à la fois individuel et collectif.
La société malienne étant multilingue, il est impératif de promouvoir l’écriture des langues officielles, y compris en braille et de préserver la diversité linguistique qui constitue une force de cohésion interne et un facteur de rapprochement entre les communautés et avec les Maliens établis à l’extérieur.
JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE DU MALI 1066 o Deux langues ouvrent toutes les portes du chemin. o Qui apprend une nouvelle langue acquiert une nouvelle âme. o Qui parle deux langues vaut deux hommes.
Loi n°2025-042 du 22 août 2025 · source officielle